Playlist Rap français 2000–2010 : 40 titres qui ont définitivement marqué les esprits.
Q-DJ est ravi de vous exposer, en 40 titres, sa sélection Rap francais de 2000 à 2010.
Longtemps méprisé voire marginalisé, le rap aura fini par susciter la plus grande attention de toute une industrie musicale. Laquelle étant bien placée pour observer la frénésie populaire suscitée par ce rythme urbain depuis une quarantaine d’années. Une réalité qui atteste d’une créativité ainsi que d’un esprit de renouvellement qui auraient eu raison d’un simple phénomène de mode, si tous ces éléments n’étaient pas réunis.
Et à ce titre, la scène française se porte à merveille. Cette dernière est riche d’une diversité culturelle rare, ainsi que d’innombrables talents.
Évidemment, bien que nous disposions d’une culture solide, nous ne viendrons pas prétendre ici vous énumérer un quelconque top 40. Cette playlist est subjective et orientée vers le grand public, tout en demeurant soucieuse de ne vous fournir que des références que nous jugeons de grande qualité.
- Énergie : bangers, engagé & street
- Couverture : années 2000–2010
- Styles : Rap conscient, Rap de rue, Dirty South, Rap alternatif
- Durée : ~2h45
Sommaire
Rap conscient.
AKHENATON FT. SHURIK’N – La Fin de leur Monde
Les deux piliers du groupe IAM sont toujours au front en 2006. Après sa parenthèse « One Shot », Akhénaton signe un quatrième album solo attendu et qui renferme ce morceau fleuve. Un titre touchant, qui pointe du doigt l’hypocrisie des politiques, les séquelles de l’impérialisme capitaliste, ainsi que les dérives sociétales. Un classique du rap conscient, puisé et revisité depuis une discographie résolument insoumise. Que dire de plus, sinon que le plus grand rappeur de France en ce début de XXIeme siècle est marseillais, quadragénaire et cérébral. On refait le point en 2016…
ALPHA 5.20 FEAT MÉDINE – Le Mal qu’on a Fait
En tant que rappeur, le leader du Ghetto Fabulous Gang n’a jamais fait l’unanimité. D’aucuns de la première heure dénonçaient un flow claqué et des lyrics qui ne sauraient témoigner d’une quelconque agilité. Du rap de tess en somme, contestataire pour qui veut bien l’entendre, inexorablement voué à l’oubli. Et puis, avec le temps, les éléments s’imbriquent et révèlent un homme en réalité solidement ancré dans des valeurs nobles. Un humaniste sans concession, qui a nourrit le choix d’exprimer ses idées librement et sans calcul. Incompris, parce que sans doute trop peu loquace à travers les médias, Alpha 5.20 ne donnait pas dans le rap de rue. Il faisait du rap tout court, entouré de Larsen ainsi que d’autres repentis. « Le Mal qu’on a Fait », sorti en 2006, est un son cru dans lequel s’opposent deux écoles face à un monde cynique et froid.
CASEY – Apprends à t’taire
Comme bien d’autres, Casey est une rappeuse guerrière et largement sous-cotée. Peu étonnant que cette dernière s’illustre désormais à travers des projets issus d’un tout autre registre musical. Pourtant, le rap francais des années 2000 ne saurait occulter ses apports notables que sont les titres « Chez moi » ou « Apprends à t’taire ». Le second morceau, datant de 2010, se passe de commentaires. Quant au premier, il constitue un hommage à sa Martinique natale. Une pensée balayée des clichés de carte postale, et restaurée d’un passé colonial douloureux. Une œuvre d’éveil des consciences, qui doit nous rappeler que le rap francais connu n’a aucune légitimité s’il n’est pas un tant soit peu engagé.



DIAM’S – La Boulette
En 2006, Mélanie Georgiades pulvérise le plafond de verre du rap hexagonal avec l’album Dans ma bulle. Rythmique effrénée sur fond de derbouka, flow mitraillette et texte générationnel dénonçant le désenchantement d’une jeunesse précarisée : « La Boulette » devient un raz-de-marée populaire sans rien concéder à la rage originelle du mouvement. Un raz-de-marée commercial historique avant son retrait définitif de l’industrie musicale.
DISIZ – J’pète les plombs
Librement inspiré du film Chute libre avec Michael Douglas, ce premier gros hit de Disiz la Peste (produit par JMDee) détonne à l’aube des années 2000. Le rappeur d’Évry y dépeint avec un sens du storytelling magistral et une autodérision bienvenue la journée d’un employé modèle qui vrille sous la pression du quotidien. Un classique du rap décalé mais profondément sociologique.
FABE – Ça fait partie de mon passé
Extrait de son ultime album La Rage de dire avant son retrait total de la scène, ce morceau illustre l’intégrité sans compromis de l’artisan de la Scred Connexion. Sur une boucle de guitare mélancolique, Fabe jette un regard lucide, sans rancœur ni glorification, sur son parcours et sur l’évolution d’un mouvement rap déjà rongé par les illusions mercantiles. Du grand art conscient.
KERY JAMES – Banlieusards
« On n’est pas condamnés à l’échec » : véritable manifeste politique et philosophique de près de huit minutes, ce titre phare de l’album À l’ombre du show business acte la maturité de l’ancien leader d’Idéal J. Refusant à la fois la victimisation passive et la démission de l’État, Kery James délivre un plaidoyer puissant pour l’élévation personnelle, l’éducation et la solidarité des quartiers populaires.
KENY ARKANA – Cinquième Soleil
Honneur au rap féminin, mais surtout à une citoyenne éclairée du monde. Celle qui mérite le titre usurpé de French Rap Queen. Keny Arkana est âme libre et souveraine. Elle aura franchit toutes les étapes afin de faire reconnaitre son art, depuis la scène underground jusqu’au sommet de l’industrie. Alors que Diam’s avait fait sauter tous les verrous, jamais elle n’aura cédé à la facilité d’un hit radiophonique. Son unique obsession étant d’user du rap afin de dénoncer les injustices et éveiller réellement les consciences. Ne vous fiez pas au rap doux que semble inspirer « Cinquième soleil ». Le morceau est une bombe, dépeignant le tableau sombre de notre monde. Un monde manipulé par des forces obscures, mais pour lequel l’Humanité a toujours voix au chapitre. Pour vous dire vrai, on rêve d’une collaboration entre Keny Arkana et JP Manova.
KOHNDO – Étape par étape
Ancien membre de La Cliqua, Kohndo poursuit en solo une démarche d’orfèvre du verbe. Sur une production feutrée aux accents soul signée par lui-même, il décortique avec patience et sagesse les étapes indispensables à la construction d’un homme et d’un artiste libre. Un hip-hop adulte, technique et épuré, loin des paillettes et du bruit médiatique de l’époque.
LA RUMEUR – L’Ombre sur la Mesure
En 2002, les piliers du rap game sont en bout de course. Certains sont happés par les lumières du show-business ou récupérés à des fins douteuses, quand ils n’ont pas tout simplement disparus des radars par eux mêmes. En outre, tout est à réinventer. Seule une poignée d’artistes authentiques traverseront sans encombre l’amorce du nouveau siècle. Et la Rumeur fait partie de ceux-là. En dépit d’un parcours academique plus qu’honorable, Ékoué et Hamé portent leur projet sans aucun artifice. Leur rap de « fils d’immigrés » dénonce l’injustice sociale. Aussi, il témoigne du quotidien des laissés pour compte avec une acuité ainsi qu’une maturité rarement atteintes. Combattue par les puissants, censurée mais toujours relaxée, la Rumeur vient rappeler aux âmes intègres que le pur hip hop disposera toujours de son arrière garde.
NAKK – Chanson Triste
Nakk ou le pur style rap des années 90: cérébral et profond. De toute évidence, « Chanson Triste » demeure un track largement sous-côté. Ce dernier évoque la quête du bonheur dans un monde matérialiste. Un monde dans lequel il reste difficile de rester fidèle à ses valeurs, et dans lequel lutter est un effort nécessaire pour les classes défavorisées.
NEG MARRONS – Le bilan
Issu du collectif Secteur Ä, le duo de Garges-Sarcelles signe en l’an 2000 un véritable hymne générationnel. Sur un alliage précurseur de rap et de dancehall acoustique orchestré par Tyrone Downie, Jacky et Ben-J dressent le compte rendu de dix ans de galères, de victoires et de pertes tragiques. Un refrain que toute une génération connaît encore par cœur sur le dancefloor.
OXMO PUCCINO – Mama Lova
Si « L’Enfant seul » a marqué les nineties, c’est sur la compilation Première Classe Vol. 1 puis dans les charts des années 2000 qu’Oxmo consacre cette déclaration d’amour universelle à sa mère. La voix grave, l’élégance des métaphores et la sensibilité désarmante du Black Jacques Brel transcendent les codes parfois trop virils du rap français pour toucher un public bien au-delà des initiés.
ROCÉ – On s’habitue
Rocé délivre un rap facile à écouter, car libéré de tout artifice. S’il peut paraître monocorde aux oreilles de certains, son art balaye les clichés attendus et se débarrasse de toute préoccupation mercantile. C’est la pseudo égalité des chances qui semble hanter son discours. Pour autant, Rocé n’adopte jamais une attitude victimaire. Son contenu est même plutôt positif et force tout espoir. De toute évidence, « On s’habitue » s’inscrit parmi le meilleur du rap francais 2000. Quant à l’album « Top Départ », sorti en 2002, il peut être considéré comme un album classic à (re)découvrir d’urgence.
SCRED CONNEXION – J’rappe pour rien
« Jamais dans la tendance, toujours dans la bonne direction ». Fidèle à sa devise, le collectif du 18ᵉ arrondissement (Koma, Mokless, Morad, Haroun) balance en 2002 un constat désabusé sur l’utilité du rap engagé face à la surdité politique. Porté par une prod acoustique mélancolique et des couplets au cordeau, ce titre rappelle l’essence même de l’artisanat hip-hop indépendant.
SEXION D’ASSAUT – Désolé
Avant de conquérir les zéniths et de faire éclore Maître Gims ou Black M, le collectif parisien du Wati B clôt la décennie 2000 avec un rouleau compresseur mélodique. Entre complaintes introspectives, mélodies imparables et maîtrise des harmonies vocales, « Désolé » symbolise la bascule définitive du rap français vers le statut de nouvelle variété populaire dominante.
SHURIK’N – Samouraï
Présent sur son projet solo et sur diverses compilations de l’écurie marseillaise, « Samouraï » prolonge l’esthétique martiale et philosophique chère à l’artilleur d’IAM. Sur une production aux sonorités asiatiques tranchantes, Shurik’n déploie sa technique d’écriture millimétrée pour dresser un parallèle métaphorique entre la rigueur du guerrier féodal et la survie morale dans la jungle urbaine moderne.



Rap de rue & bangers
113 – Tonton du Bled
Récompensé par deux Victoires de la Musique, ce classique intemporel orchestré par DJ Mehdi sample le titre « Harkus » d’Ahmed Wahby pour raconter avec malice et tendresse le voyage estival au bled en Peugeot 504 chargée à bloc. Rim’K, AP et Mokobé signent un morceau rassembleur, festif et authentique qui a fait danser la France entière sans renier une seule seconde l’identité du 94.
ARSENIK – Boxe avec les mots
Si le titre original est sorti fin 1998, c’est au tournant des années 2000 que ce morceau s’impose définitivement comme le mètre étalon de la virtuosité technique en France. Lino et Calbo y découpent l’instrumentale avec une insolence rare, enchaînant les allitérations pugilistiques et le fameux « tch-tch » de la crosse. Une démonstration de force brute qui a traumatisé toute une génération de kickeurs.
BOOBA – Boulbi
Un gros banger du Duc , à classer parmi les « Strass et Paillettes » (en collab avec Ali), et autres « Scarface ». Le rappeur français règne en maître sur le rap game depuis plus de vingt ans. D’enfant terrible du gangsta rap, il s’est mué au fil du temps en un redoutable businessman. L’exercice n’est pourtant pas si simple qu’il n’y parait. Booba sait se renouveler, délivrer des punchlines assassines, et faire montre d’ un réel talent d’écriture. Aussi le rappeur français, au flow si singulier, peut se vanter de collaborations pertinentes (MHD, Lacrim, Siboy, Benash, Niska, etc). Et quand il ne clashe pas ses élèves, le prof s’avère enfin être le fin révélateur des talents de demain au sein de son label 92i (JSX, Dixon, Mala, Tessa, ou la valeur montante de Clamart en la personne de SDM … ). En clair, B2OB est un acteur incontournable de toute playlist hip hop 2000.
BOUGA – Belsunce Breakdown
Conçu pour la bande originale de la comédie Comme un aimant (réalisée par Akhenaton et Kamel Saleh), ce tube solaire sample un classique de la soul (The Dramatics) pour rendre hommage au quartier populaire de Belsunce à Marseille. L’accent chantant, la gouaille méditerranéenne et le refrain fédérateur de Bouga propulsent ce titre au sommet des charts de l’été 2000.
DONTCHA – Rap Criminel
Venu de Belgique mais adoubé par tout le bitume francilien, Dontcha incarne un rap de rue brut, sans fioritures ni concessions radiophoniques. Avec son grain de voix rocailleux et son flow percutant, « Rap Criminel » résonne comme une décharge d’adrénaline pure, représentative de cette vague de street-CDs indépendants qui inondaient les bacs spécialisés au milieu des années 2000.



EXPRESSION DIREKT – La Rage du ghetto
Les fers de lance du Val-Fourré (Mantes-la-Jolie) entament le nouveau millénaire sans avoir rien perdu de leur hargne légendaire. Sur une production lourde et suffocante, Weedy, Tinot et Delta crachent un réalisme social sans filtre, rappelant à ceux qui voulaient transformer le rap en simple produit marketing que la colère des cités restait intacte et non négociable.
KALASH – Prendre l’air (feat. Sefyu)
Avant de devenir un nom associé aux sonorités caribéennes, Kalash l’Afro (originaire de Berre-l’Étang) s’allie au phénomène de Sevran, Sefyu, pour un banger d’une noirceur absolue. Entre diction hachée, gimmick « Crouille » et ambiance anxiogène, le duo capture parfaitement l’esthétique menaçante et brute qui caractérisait la scène underground du milieu des années 2000.
LA FOUINE FEAT BOOBA – Reste en Chien
Jamais La Fouine n’aura eu besoin de s’inventer une vie. Son parcours, depuis le quartier jusqu’aux sommets du show-biz, est factuel et relève d’une détermination qui force le respect. La vie du rappeur marocain s’apparente, dans un premier temps, à une dérive chaotique et sans fin. Et ce, jusqu’à ce que LIM ou Alibi Montana ne lui apportent enfin un peu de lumière à travers leurs mixtapes. Sa consécration s’amorce en 2004 avec une street- très remarquée. Son second opus « Aller-Retour »(2007) sera quant à lui disque d’or. Il renferme par ailleurs le classic du jour . Dès lors, La Fouine accumule les succès, monte son label Banlieue Sale aux côtés de son frère Canardo et de DJ Battle. S’en suivront clashs mémorables mais aussi accusations judiciaires graves qui l’affaibliront un long moment…
LUNATIC – Le son qui met la pression
Morceau d’ouverture de l’album mythique Mauvais Œil (sorti en indé chez 45 Scientific), ce track pose les fondations du rap français moderne. La complémentarité entre la noirceur poétique d’Ali et le cynisme désabusé de Booba, portée par la prod crépusculaire de Geraldo, en fait un classique indéboulonnable dont l’influence résonne encore aujourd’hui.
MAFIA K’1 FRY – Pour Ceux
Entre deux plages publicitaires, le « premier sur le rap » nous offrait un choix des plus cornéliens en 2003: s’ambiancer sur le sirupeux « Hey Ho » du duo Tragédie, ou sur le dernier Willy Denzey. Mais estampille rap oblige, les groupes Factor X et le crew hip hop du 94 de la Mafia Africaine s’imposaient également sur la même grille de programmation. Des tracks qui sont dorénavant des classics, notamment ce pour « Pour Ceux », extrait de l’album « La Cerise sur le ghetto ». On se souvient alors d’un live au Bataclan, en 2007, au cours duquel Rohff, Kery James, le 113, et Dry étaient tout simplement au sommet de leur art. « Pour Ceux », reste un hymne intemporel pour toute une génération de banlieusards.
O’L KAINRY – La vie va vite
Figure incontournable du 91 et du collectif Agression Verbale, O’L Kainry apporte une énergie communicative et un sens du gimmick hérité du Dirty South américain. Sur « La vie va vite », le rappeur d’Évry démontre sa capacité à allier un flow tout-terrain et des punchlines pleines d’humour à une réelle lucidité sur l’éphémère du succès et des relations humaines.
PSY4 DE LA RIME – Le son des bandits
Premier album (Block Party) et premier coup de maître pour le quatuor des cités marseillaises du Plan d’Aou. Entre le flow élastique et mélancolique de Soprano, la rage incisive d’Alonzo, les rimes d’enjaillement de Vincenzo et les prods chirurgicales de Sya Styles, « Le son des bandits » s’impose instantanément comme l’hymne des cours de récréation et des clubs du sud de la France.
ROHFF – La Grande Classe
Le rappeur chauve, frère de TLF, était définitivement au sommet de sa carrière en 2008. Année au cours de laquelle il nous livrait ce fantastique égotrip, exercice dans lequel il excelle et surclasse la concurrence.
SALIF – J’hésite
Grâce à son excellent « Eenie Meenie Miney Mo », celui que l’on surnomme « Boulogne Boy » faisait une entrée fracassante dans le paysage rap francais au début des années 2000. Pour lui, les illustres Zoxea, Lunatic et Kool Shen se sont mouillés pour le révéler au grand public. Mais les initiés connaissaient déjà sa juste valeur, alors qu’il évoluait avec son groupe Nysay. Pétillant et précis dans ses récits, Salif confirmera tous les espoirs fondés en lui dès son premier album. Sans nul doute parmi le meilleur rap francais de l’ère 2000. Seulement, son étiquette de rappeur de rue, peu consensuel et mal entouré, lui collera toujours à la peau. Trop en avance sur son temps, ses ventes ne décolleront hélas jamais vraiment. Cohérent avec son tempérament d’homme libre, Salif disparaît totalement de la circulation en 2013, sans jamais faire ses adieux à la scène.
SEFYU – Molotov 4
Étrange destin que celui Sefyu. Les rappeurs MRC et RK en savent quelque chose… Promis à une brillante carrière de footballeur, c’est finalement à la force de sa voix sombre qu’il explosera tous les scores. Son style est dur, et empreint, qui plus est, d’un argot peu accessible aux profanes. Mais comme un célèbre prédécesseur nommé MC Jean Gabin, c’est cette marque de fabrique qui lui vaudra de décrocher son plus grand hit: « Molotov 4 ». Le fond et la forme percutent instantanément l’auditeur en 2008 et puis… Plus rien. Le rappeur de Sevran sera vite balayé d’un revers de flows par un certain Kaaris, voire plus tard par Kalash Criminel. En dépit d’un timide come-back à la Volts Face, il ne reviendra jamais en haut de l’affiche.
SETH GUEKO FEAT SEFYU – Patate de Forain
Lancé par le label Néochrome, Seth Gecko est une figure incontournable du rap francais des années 2000. Pourtant il préfère se tenir l’écart du mouvement, distillant ses punchlines assassines à la manière d’un Gavroche des temps modernes. Son univers est façonné par l’univers des forains et le grand banditisme. Et tel un chef de clan, au charisme désormais décuplé par d’inquiétants tatouages, Seth Gecko veille sur les siens. C’est ainsi que des Brasco, des 25g et autres Jason Voriz semblent régulièrement monter dans le rap game sous sa bénédiction. A quand un feat avec l’insondable rennais nommé Reta ?
SINIK – L’Olympique
Au sommet de sa rivalité médiatique et commerciale avec Booba, le MC des Ulis marque l’année 2005 avec son album La Main sur le cœur. « L’Olympique » est un exercice d’égotrip pur jus, où Sinik fait étalage de son écriture au scalpel, de ses métaphores assassines et d’un sens de la formule taillé pour les freestyles de rue. Du rap de punchlineur à l’état pur.
SNIPER – Gravé dans la Roche
Aketo, Tunisiano, Blacko et DJ Roc J voulaient choquer la France. Objectif atteint quand on sait ô combien l’extrême droite les aura combattu avec un acharnement inouï. Aussi un humoriste, le comte de Bouderbala, égratignera leur maîtrise parfois approximative du francais pour le plus grand bonheur des haters. Le groupe Sniper ne brillait pas pour la finesse de son écriture. C’est un fait. Mais le public de 2003 demeurait surtout sensible à l’énergie ainsi qu’à la spontanéité déployée par les rappeurs francais du 95. Le tubesque « Gravé dans la Roche » synthétise parfaitement un état d’esprit qui aujourd’hui encore, fait consensus. Un vrai classique du rap francais 2000.
SOPRANO – A La Bien!
Si le rap marseillais se porte à merveille, n’oublions jamais qu’il a émergé grâce à des groupes précurseurs tels Psy 4 de la Rime. Le chanteur de rap francais, Soprano, en est issu. Tout comme son cousin Alonzo par ailleurs. Soprano ira même jusqu’à produire des purs talents rap tels que Mino, Léa Castel ou la Swija. Et s’il est difficile pour une nouvelle génération de croire que Soprano kickait remarquablement, son tube « A la Bien! » vient rappeler un premier album rap de toute beauté. Une œuvre solo qui explorait ses errements psychologiques sur bitume, et qui lui vaut désormais de pousser la chansonnette.
TANDEM – Le Jugement
Extrait du chef-d’œuvre C’est toujours pour ceux qui savent, ce morceau-concept réunit l’élite du rap francilien (Faf Larage, Lino, Kery James, Diam’s, Tunisiano, Kazkami) pour simuler le procès de la banlieue face à la justice française. Mac Kregor et surtout Mac Tyer y signent une prestation magistrale d’intensité théâtrale et de contestation politique. Un monument du rap hardcore des années 2000.



Rap alternatif.
HOCUS POCUS – Malade
A contre-courant des tendances, le groupe nantais abordait 2001 avec du rap acoustique. Ce dernier rap était composé d’une guitare, d’une basse, d’une batterie, et d’un piano Rhodes. 20syl en était le Mc, mais également le producteur et le DJ/Programmateur. Cet esprit passionné, brillant et créatif, aura largement contribué à apporter à la scène hip hop française un projet live novateur et ambitieux. Cependant, l’aventure sera de bien courte durée. D’autres projets excitants, tels que C2C ou celui de Pumpkin, rythmeront l’avenir proche de 20Syl. Dans une ambiance Soul-Jazz, le titre « Malade » nous dépeint les pérégrinations d’un homme infecté par le virus du rap. Une pathologie qu’il est invité à soigner par une cure de variété française. Drôle, efficace, et avec des instruments qui changent vraiment la donne. A download pour votre playlist de rap francais 2000 et EP à collectionner si vous êtes amateur de beaux visuels.
ROUGE À LÈVRES & FOREIGN BEGGARS – Gash
Rencontre au sommet entre la scène underground parisienne (représentée par Grems et son collectif Rouge à Lèvres) et les pointures du grime / hip-hop britannique Foreign Beggars. Rythmique électronique syncopée, basse club agressive et flows acrobatiques : un morceau d’avant-garde qui dynamitait les frontières entre le rap boom-bap traditionnel et la musique électronique de club.
TTC – De Pauvres Riches
Emmené par Cuizinier, Teki Latex et Tido Berman sur le prestigieux label britannique Big Dada, TTC bouscule l’orthodoxie du rap français au début des années 2000. Textes surréalistes, ego-trip décalé et productions électro-futuristes déstructurées : « De Pauvres Riches » pose les bases du rap alternatif hexagonal et ouvre la voie à toute une scène hybride et décomplexée.
