Notre playlist Afrobeat

Afrobeat, Afro-funk, Highlife, Juju

AFROBEAT

Une arme musicale et festive


L’afrobeat, ce groove unique, cette frénésie lancinante et puissante à la fois, mix d’afrique et d’occident, de joie et de colère… Le grand Fela Anikulapo Kuti avait trente ou quarante années d’avance sur son temps quand il mit sur pied ce groove extra-terrestre et pourtant tellement humain. Il est difficile d’établir une définition du genre afrobeat dans la mesure ou il peut regrouper des artistes de cultures et d’influences très diverses. L’afrobeat tel qu’il a été inventé par Fela se caractérise principalement par le mélange de percussions traditionnelles africaines -issues principalement du highlife, mais aussi du juju- et de grooves funk-soul-jazz des 70’s, notamment tels qu’ils étaient joués par James Brown ou The Meters, le tout sous perfusion de lutte sociale.

afrobeat Fela Kuti

On commence à entendre parler aujourd’hui de mélanges des styles et des cultures musicales du monde. Fela, lui, a donné naissance à ce style si particulier il y a déjà presque quarante ans. Chez nous, l’afrobeat connaît un regain de forme depuis quelques années. On se rend compte que ce qui fonctionne chez nous en l’an 2000 avait déjà été pensé il y a un demi siècle en Afrique, tiens donc… On se rend compte que l’Afrique a su faire quelque chose que l’Occident n’aura jamais l’humilité d’accomplir : s’inspirer de l’autre tout en sachant garder son naturel, ses racines, savoir partager la part de chacun, en conservant l’essence pour créer quelque chose de nouveau. Quelle richesse, quelle ouverture sur le monde et sur l’esprit que de savoir accepter cette dualité, pour faire d’une contrainte son principal atout.


FELA : LA VOIE DU MAÎTRE

C’est donc Fela Anikulapo Kuti, l’homme que l’on nomme le Black President, qui a concocté ce savant mélange de jazz occidental et de rythmiques africaines. Mais ces deux styles aussi larges soient ils ne suffisent pas à décrire l’afrobeat, et tout ne s’est pas fait du jour au lendemain…

Fils d’intellectuels nigérians, Fela fait ses études à Londres dans les 50’s; il y découvre le jazz et ses facettes. Mais c’est par le highlife, musique populaire d’Afrique de l’Ouest, qu’il commence sa carrière musicale avec le groupe Fela Ransome Kuti & His Highlife Rakers qu’il forme au Royaume Uni. Il en est alors le trompettiste et leader. De retour au Nigéria à la fin de ses études, le groupe renommé entre temps Fela Ransome Kuti & His Koola Lobitos ne tombe pas pour autant dans l’oubli. Le groupe réalise une vingtaine d’albums entre 1960 et 1969, date à laquelle il s’envole pour une tournée aux Etats-Unis et l’enregistrement des fameuses “69 Los Angeles Sessions”. Fela fait connaissance avec l’Amérique de la liberté, The Land Of Freedom, l’Amérique revendicative des Black Panthers, de Martin Luther King ou encore de James Brown. Il en reviendra avec de nouvelles idées et des convictions plein la tête. Son groupe devient Nigeria 70, et Fela n’a plus d’autre idée en tête que de revendiquer les droits du peuple africain face à la corruption des gouvernants, après avoir trouvé LE batteur qu’il lui faut pour apporter une touche novatrice à sa musique.

afrobeat Fela Kuti



La rencontre avec ce fameux batteur, Tony Allen, sera l’élément déterminant dans l’apparition de l’afrobeat. Car si Fela est l’instigateur de ce style musical qui deviendra également un mouvement politique et social prônant le panafricanisme et l’ouverture d’esprit, le groove en lui-même, ce rythme syncopé aiguisé au couteau, c’est bien Tony Allen qui le posa. Fela l’affirmait d’ailleurs bien haut : “Tony Allen sonne comme 4 batteurs” et ce dernier fut directeur artistique du groupe pendant la quasi-totalité de sa collaboration avec Fela. Africa 70 est donc né ! La machine est en route et va connaître pendant une décennie un succès implacable à travers toute l’Afrique de l’Ouest, où Fela deviendra le modèle et l’espoir de tout un continent. En Europe et aux Etats-Unis, ses frasques de fumeur de joints et d’opposant aux dirigeants politiques lui vaudront l’image d’un Che Guevara ou d’un Bob Marley africain… C’est la plus belle période du groupe, qui sort une bonne quarantaine d’albums tous aussi bons les uns que les autres. Rien à jeter, rien ! Parmi les “classiques” du Black President : “Open & Close”, “Zombie”, “Water No Get Enemy”, “Shakara”… Ainsi que des morceaux moins connus mais musicalement proches d’une certaine perfection rythmique : “Roforofo Fight” et son riff de trompette so jazzy, “Everything Scatter”, “J.J.D” et son intro furieuse bongos/sax, ou encore des titres méconnus du maître mais que tous les amateurs considèrent aujourd’hui comme des chefs-d’œuvres : “Unnecessary Begging” (doux, trippé et lancinant à souhait – ainsi que sa face B, “No Buredi”), “Alagbon Close” (et sa face B “I No Get Eye For Back” sur laquelle Tony Allen fait la démonstration de toute son inventivité, de sa dextérité et de sa puissance rythmique).

Quelque soit l’album, la recette est quasiment toujours la même : un 33T, deux titres de 15 à 20 minutes chacun (parfois même un seul titre d’une trentaine de minutes splitté sur les deux faces), et, systématiquement, la joie, puis la colère, puis les deux, si si c’est possible avec Fela. L’afrobeat de Fela est né, et ses lois incommensurables en sont posées. L’auditeur est envoûté sans même s’en rendre compte, hypnotisé par le rythme au fur et à mesure que l’intensité évolue à travers les différentes sections du groupe. Tout est là, dans l’intensité et la rythmique redondante et quasi perpétuelle ; il faut se laisser emmener par le beat ; les jambes suivent ; le cerveau décroche et là… Fela vient asséner ses coups de marteau – que ce soit au sax, au chant ou même au clavier – plombant le pouvoir en place et l’injustice sociale. Au final, 77 albums soit exactement 133 chansons, et je le répète, RIEN A JETER ! Ses prestations en live lui permettaient de tester et de travailler des morceaux qui, une fois enregistrés sur un album, n’étaient plus jamais joués en public.

La fin des 70’s sera plus chaotique. Fela et sa bande sont constamment menacés par le gouvernement et l’armée (sa mère est même défenestrée par les militaires lors de la prise d’assaut de son quartier, son utopie, Kalakuta Republic; épisode tragique qui inspirera plusieurs albums du maître (“Coffin For The Head Of State”, “Unknown Soldier”, “Alagbon Close” entre autres). D’autre part, Fela semblait avoir du mal à payer ses musiciens… Ils se mettront en grève pour réclamer leur dû. Une solution sera trouvée : plusieurs titres seront écris et enregistrés aux noms des trois ou quatre leaders d’Africa 70 : “Low Profile” de Lekan Animashaun (le sax baryton), “Mr. Big Mouth” de Tunde Williams (le trompettiste), et deux ou trois albums de Tony Allen, dont le génial “Progress”. Que du très bon son ; mais malgré cet effort, le groupe se disloquera au début des années 80 pour donner naissance à Egypt 80. Les têtes rayonnantes du groupe ayant quittées le navire, Tony Allen en tête, la musique de Fela prend alors une autre tournure, peut être moins funky, plus world, toujours plus politique… Il est difficile de définir cette transformation, mais l’afrobeat est bien sûr toujours là ! Elle apparaît comme une époque durant laquelle Fela a voulu s’exporter -surtout en Europe- où il a sûrement endossé malgré lui le costume un peu kitsch de la world music et de son essor. Il n’est certes pas tombé dans la banalité ou dans le son caractéristique de la world de l’époque, mais son exportation et sa volonté de répandre son message au plus grand nombre l’ont plus ou moins forcées à rentrer dans des cases qui minimisent la puissance de sa musique telle qu’il la jouait dans les 70’s. Il y a malgré tout des albums extraordinaires sur cette période, notamment “Army Arrangement”, “Beasts Of No Nation” ou encore “Just Like That”. La verve revendicative y est toujours plus appuyée, et Fela ne démord pas de sa furie envers le pouvoir corrompu, il sera même candidat aux élections présidentielles, puis enfermé et torturé pendat plusieurs années.

afrobeat =Fela Kuti
Voir la discographie complète de Fela


Le Roi s’affaiblit, rongé par la maladie (le Sida disent certains, le gouvernement et la torture durant son emprisonnement, assurent d’autres), et malgré des tournées mondiales, des albums en pagaille et une reconnaissance de ses pairs, l’injustice, la corruption et le colonialisme latents en occident auront raison de lui… Si son décès en 1997 apparaît comme un drame en Afrique de l’Ouest et sur tout le continent, il est à peine perçu dans le reste du monde. Peu importe, car parti seul, Fela a su passionner et motiver des disciples partout dans le monde, à travers un précepte on ne peut plus universel et visionnaire : “Music is the weapon of the future”.

L’héritage laissé par Fela Kuti n’est pas un trésor, c’est une mine d’or ! Un filon à peine mis à jour, qui ne demande qu’à être exploité. Mieux, c’est un vivier dont la croissance et l’évolution sont exponentielles ! Car Fela n’a pas fait les choses au hasard. En délivrant un message universel, en se positionnant irrémédiablement aux côtés du peuple, il savait probablement que le pouvoir en place finirait par avoir raison de lui, mais aussi qu’il serait en contrepartie élevé au rang de martyre et qu’il rallierait les faibles à sa cause, à jamais.



70’s : : L’AFRIQUE EN FORCE

On a entendu dire pendant longtemps ici et là que la recette avait disparu avec le chef cuistot, que la world music avait eu raison de la funk africaine… Et pourtant. Non seulement ses musiciens ont continué à tenir la flamme haute, et ce sans aucune considération d’ordre pécuniaire ou de récupération. Un Tony Allen émancipé a commencé à lorgner du côté de la musique électronique, via le dub, le hip hop, la trip hop, le jazz…

La carrière menée par ce grand bonhomme jusqu’à aujourd’hui est en tous points exemplaire. Après les superbes “Jealousy”, “Hustler”, “Progress”, et “Afro Disco Beat” en compagnie d’Africa 70 il enregistre “No Accomodation For Lagos” et “No Discrimination”. Fela y brille bien évidemment par son absence, mais le tout n’est pas mauvais du tout, et Tony n’a besoin de personne pour faire sonner ses grooves si personnels. En 1985 il sort “N.E.P.A.”, puis “Afrobeat Express” en 1989, comme une lettre à la poste, inégaux. Puis c’est par une vision plus dub qu’il refait parler de lui, à travers les albums “Black Voices” en 1999, puis le projet “Psyco On Da Bus” en 2001 (en compagnie de Doctor L, Jean Phi Dary, Jeff Kellner et Cesar Anot). Des albums vraiment trippés, autant d’un point de vue musical que de l’approche. Le virage électro est clairement amorcé, sans tabou. Comme Fela en son temps, Allen exploite toutes les possibilités pour mélanger deux styles encore une fois très différents, l’afrobeat et les musiques électroniques. Le résultat est plus qu’encourageant pour ces genres qui bien cuisinés se marient à merveille. Le côté répétitif de l’électro épouse naturellement les rythmiques africaines et groovy du batteur. Agrémenté d’une section cuivre efficace, c’est un tout assez succulent et qui renouvelle enfin le style pour de vrai. Suivront les très bons “Home Cooking” (2002) et le “Live” (2004), parus chez Comet Records. Avec l’aide au chant de Ty, rappeur anglais d’origine nigériane, et même de Damon Albarn de Gorillaz sur un titre, l’album Home Cooking prend une tournure hip-hop qui une fois de plus relève la sauce afrobeat à merveille. Original, puissant et dansant, c’est l’album du renouveau pour Allen. Le bonhomme sort aussi un nombre incalculable de featurings et autres remixes pour des groupes de tous horizons : Awa Band, Fanga, Grupo Batuque, le Allenko Brotherhood Ensemble, Tom & Joy… Et on a beau chercher, pas une seule de ses multiples collaborations n’est de piètre qualité.

Publié en 2006, son dernier album “Lagos No Shaking”, enregistré au Nigéria, est autant un retour aux sources qu’un passage de relai à la nouvelle génération de musiciens du cru, qui ont entouré le métronome en chef sur ce projet. La relêve locale semble donc prête.


DANS ET HORS DES FRONTIERES :La traînée de poudre




Le fantôme du Black Président en a sûrement hanté plus d’un tellement son impact était important de son vivant. Mais la transmission du témoin s’est faite naturellement ; comme si tous savaient que le temps travaillerait pour eux… En Europe, le calme règne malgré l’arrivée à Paris de Tony Allen, ainsi que du Camerounais Manu Dibango, fraîchement auréolé du succès de son tube planétaire “Soul Makossa” (Un Dibango qui délaissera peu à peu son style à lui, Makossa !!!!!!! pour se concentrer sur le jazz ; même si quelques bombes afrofunk ponctuent son répertoire, par exemple “African Battle”). Les musiciens doivent s’exporter pour pouvoir humer à nouveau le doux parfum de l’afrobeat.

C’est ainsi que le groupe Ghetto Blaster est né. Des français qui partent en trip en Afrique, un voyage qui tourne à l’imprévu, des rencontres de fortune, notamment avec des anciens musiciens de Fela, assurément de bonnes vibrations échangées, et sûrement la redécouverte d’une recette imparable : le mélange, la mixité, l’échange et le partage pour un tout succulent. Le groupe revient à Paris et enregistre son seul et unique véritable album en 1986 : “People”. Le groove de l’afrobeat est bien là, même si il diffère largement de l’afrobeat de Fela. C’est de la funk “afroglobale”, une vraie recette maison, inspirée des modèles du genre mais vraiment originale. Malheureusement le groupe se désuni avec le temps, et cette formation de live par excellence en oubliera presque d’enregistrer la suite de ses pérégrinations musicales. Plus rien donc avant 2003 et la sortie d’un double best of, “River Niger”, plein à craquer des morceaux joués par le groupe pendant ses concerts. Un très bon double album malgré tout le temps écoulé avant sa sortie.

C’est tout ou presque côté français. Mais d’autres étrangers lorgnent aussi sur les ramages du groove africain. Je pense notamment au Lafayette Afro Rock Band (qui a aussi sorti des albums sous le nom de Ice, voire même en tant que Black Blood) : ce groupe afro-rock-funk 70’s, à travers ses sections percus et cuivres redoutablement efficaces, a réussi à s’imposer dans le style afrofunk comme une référence. Les albums “Malik” et “Soul Makossa” sont très travaillés, léchés même, et la précision de chacun des musiciens fait mouche à tous les coups, que ce soit à travers leurs rythmiques ou leurs solos (sax, percus, guitares enflammés). Des titres comme “Hihache” ou “Red Matchbox” notamment, qui durent huit ou neuf minutes, font irrémédiablement appel à l’énergie insufflée par Fela à l’afrobeat. Le groupe a sorti d’autres albums (“Afon”, etc.), un best of (“Darkest Light”), c’est parfois kitsch mais l’énergie est toujours là, le plaisir d’écoute est réel.

En Afrique par contre, le virus Fela se propage à la vitesse d’un electrochoc ! Des groupes champignonnent dans toute l’Afrique de l’Ouest. Au Nigéria et au Ghana principalement, mais aussi au Togo, en Côte d’Ivoire, au Bénin et même jusqu’en Ethiopie. On en vient donc au point que tout le monde attend : des noms !! Des tonnes de compilations de très bonne qualité sont sorties ces dernières années. On retrouve sur celles-ci la plupart des principaux artistes de la scène afrobeat des 70’s, nous en ferons une liste non exhaustive un peu plus loin. Parlons d’abord de ceux dont les albums (et non un titre ou deux) méritent d’être joués sur toutes les platines d’amateurs de grooves endiablés.

Les saxophonistes d’abord, car bien sûr le Roi Fela en a influencé plus d’un. Le plus connu d’entre eux est peut être Peter King, saxo nigérian génial dont la carrière fut semble-t-il relativement courte. Un seul album au compteur (à ma connaissance en tout cas), “Shango”, mais quel album ! Techniquement très fort sur son instrument, Peter King a su imposer ses enchaînements jazzy au sein d’une formation afrobeat dédiée à sa cause. Et le résultat est impressionnant : des compos taillées au diamant brut, d’une précision étonnante et portée par une section percus plus que fournie. Au milieu de la multitude de chorus de cuivres, le chant de Peter King et les chœurs font de cet album un bloc afrobeat pur et dur.

Moins connu et étonnamment “mélancolique”, le saxophoniste Segun Bucknor et ses Revolution. Sombre et langoureux, l’album qui a été réédité est un best-of des années 1969 à 1975 : “Poor Man Get No Brother”. Le ton Felaesque est clairement présent, particulièrement au saxo; on ressent également une grosse influence du Godfather James Brown.

Toujours au Nigéria, Segun Okeji & The Super Afro Feelings reprennent à leur compte l’afrobeat tel qu’il était joué par Fela. De longues compos ornées de chorus, de chœurs et de solos dont l’intensité varie pour mieux vous amener à la danse, comme si de rien n’était… Un seul album a été réédité chez Soul Patrol il y a peu : “I Like Woman”. Un 33T, deux titres… Ça vous rappelle quelque chose ? A acheter les yeux fermés.

La perle rare, tout du moins dans les bacs de vinyles des aficionados du genre, c’est Ray Stephen Oche, qui lui était trompettiste. Ses albums valent une fortune de par chez nous, cependant l’homme est un inconnu en Europe. Mais en Afrique, et plus particulièrement au Nigéria, sa réputation n’est plus à faire. Son style tribal et roots de chez roots plaira aux amateurs de son à l’ancienne. Deux albums : “No Discrimination” et “Interpretation Of The Original Rhythm”, mais un conseil, préparez vous à dégainer le portefeuille, et pas qu’un peu…

Dans le même style mais venu d’Ethiopie, le groupe Kalaka Afro-Beat Band en surprendra plus d’un. Composé de musiciens originaires de divers pays africains (Nigéria, Ghana, Cameroun, Ethiopie…) ce groupe se réalisera en Ethiopie, le pays du grand Mulatu Astatke, dont nous reparlerons plus tard. Tout est simple chez Kalaka, tant au niveau de la technique instrumentale que des structures, mais on y ressent une unité musicale forte et efficace. Les titres sont relativement courts mais il n’y a absolument aucun doute quant au style ici joué : c’est bel et bien de l’afrobeat. Il n’existe qu’un album, “Soul Ethiopia”, réédité en vinyle dans les années 90 sur un label du nom de La Voix De l’Ethiopie. N’hésitez pas si vous tombez dessus, car même cette réédition est aujourd’hui difficile à trouver.

Et d’autres groupes encore ont profité de la vague afrofunk des 70’s en Afrique de l’Ouest. Je pense notamment au groupe nigérian Blo, qui sans section cuivre a su percer grâce à une section rythmique digne des Meters !!! C’est kitsch mais c’est bon, tandis que pour Dan Boadi & The African Internationals, dont seul un vinyl 2 titres a été réédité, vous pourrez passer votre chemin.

On pourrait également parler du très Motown Orlando Julius (“Super Afro Soul”, “Orlando’s Afro Ideas”, “Dance Afro Beat”), de Geraldo Pino, avant même l’arrivée de Fela sur le ring (“Afro Soco Soul Live”, “Let’s Have A Party”, et “Heavy Heavy Heavy” qui regroupe les deux premiers albums), de Bukky Leo & Black Egypt (“Afrobeat Visions”), encore un saxo dont les productions sont aujourd’hui rééditées en CD et, ce qui ne gâche rien, dont les drums sont assurés par un certain Tony Allen
En sortant un peu des frontières nigérianes, on s’orientera vers le Ghana : l’autre pays de l’afrobeat ! Les compilations “Ghana Soundz” 1 et 2 sont d’une grande qualité et très représentatives des groupes qui peuplaient les scènes afro-ghanéennes de l’époque (écoutez aussi le TP Orchestre Poly-Rythmo du Bénin, sur la compilation “Kings Of Benin Urban Groove”). Je ne m’attarderai donc pas sur ces groupes dont malheureusement il est très difficile de trouver d’autres titres que ceux déjà présents sur les compils en question. Toutefois vous pourrez facilement trouver le seul album du ghanéen Captain Yaba, un style bien à lui qui a beaucoup à voir avec de l’afrobeat, tout en lorgnant sévèrement vers une approche plus oriental de la chose. Un ovni musical à écouter ne serait ce que pour l’originalité de sa démarche. Notez que cet album disponible en CD, “Yabafunkroots”, comprend les pistes mixées ainsi que les versions prémixées, le contraste entre les deux est saisissant, très intéressant à écouter…

afrobeat
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Le groupe Assagai, également originaire du Ghana, a suivi une autre route, mais pour une raison bien simple : à l’instar des groupes Osibisa ou Matata, les membres de Assagai se sont installés au Royaume Uni dans les 70’s et furent signés chez Vertigo. Il est donc beaucoup plus facile d’en retrouver la trace, bien que leurs vinyles vaillent aujourd’hui leur pesant de cacahuètes. L’influence britannique fut très importante sur ces trois groupes. Ils ont développé un style afro-rock efficace et taillé pour les radios. Assagai reprendra par exemple dans une version superbe le “Hey Jude” des Beatles sur leur premier album éponyme (1971). Recherchez également les albums “Zimbabwe”, “AfroRock” ainsi que ceux d’un des membres du groupe, Charles Hilton Brown.

Matata (albums Feelin’ Funky et Wild River) a ses consonnances afro, mais c’est Tonton qu’on entend clairement derrière leur son : James Brown, qui avait lui-même beaucoup influencé Fela, musicalement du moins. Les Matata ont choisi de ne pas passer par la case Fela pour reprendre la formule du Godfather of Soul directement à la source. Et ça fonctionne !! Agrémenté de percus simples et funky et d’un chant bien identifiable, on croirait parfois écouter Mr Brown.

Quant à Osibisa, le plus connu de ces trois groupes, ils choisiront de s’imprégner de tout un tas de styles pour créer leur univers, un monde psychédélique, une sorte de sci-fi africaine des 70’s. Du très bon comme du beaucoup moins intéressant dans leur discographie…

Citons enfin, dans les circonvolutions occidentales de l’afrobeat, les rastas londoniens de Cymande. Principalement originaires des Caraïbes, leurs rythmes naya binghi et une section cuivre très très originale et créative apportent cette touche afro qui nous rassemble. Ce n’est pas de l’afrobeat, mais l’esprit est bien là. L’original de “Bouge de là” du rappeur MC Solaar (titre : The Message), c’était eux, tout comme nombre d’autres morceaux samplés par les dj’s. Un très grand groupe à découvrir d’urgence si vous ne connaissez pas encore, notamment par le biais d’un de leurs nombreux best of, qui sont en réalité tous identiques.

Mais revenons encore une fois en Afrique, et plus précisément en Ethiopie où un genre tout aussi prisé des amateurs d’afrobeat s’est imposé sur une durée particulièrement courte et cloisonnée (1969-1975) : l’ethio jazz. Cette période correspond à une certaine libéralisation des mœurs en Ethiopie qu’on appelle l’époque du Swinging Addis. On raconte que durant cette période, la dictature de l’Empereur Hailé Selassié fut plus permissive, voire même laxiste quant à la production musicale, et de nombreux artistes éthiopiens eurent alors la possibilité d’enregistrer ce son si particulier. Un groove à la fois moderne et roots, qui comme l’afrobeat, a su s’inspirer des musiques occidentales sans oublier les traditions musicales ô combien importantes dans ce pays.

Et c’est grâce au label français Buda Musique que toutes ces perles musicales ont été rééditées à travers plus d’une vingtaine de compilations, “Ethiopiques“, regroupant les trésors du Swinging Addis Abeba. Beaucoup de choses très différentes sur ces compilations, une mention spéciale allant aux volumes consacrés à Mahmoud Ahmed (le Marvin Gaye éthiopien, acclamé aujourd’hui encore dans le monde entier pour ses prestations scéniques charismatiques), au volume 20 qui présente un concert des grands noms de l’ethio jazz réunis, et surtout aux volumes consacrés à Mulatu Astatke. Car c’est bien lui le Roi de l’ethio jazz, et si vous ne connaissez pas encore son son unique je vous conseille de vous jeter dessus sans attendre. C’est un son empli d’une sensualité et d’un mysticisme qui ne saurait laissé personne de marbre. Vibraphoniste, clavier et chef d’orchestre hors pair, Mulatu Astatke s’est entouré de musiciens talentueux et pleins de feeling, son saxophoniste notamment, aux chorus et soli déchirants. Notez également qu’un sampler vinyl 4 titres vient d’être réédité chez Soundway. Des morceaux jusqu’alors inconnus du grand public. Et quels morceaux ! Deux bombes ethio jazz dans l’esprit de “Ethiopiques Volume 4” (et même encore mieux dans la mesure où un sax baryton s’ajoute furieusement à la recette des déjà groovissimes morceaux de la compil’), et deux ogives nucléaires à forte consonnance latine… On en redemande !

Que de monde déjà donc sur cette période durant laquelle le Roi Fela régnait en maître incontesté sur la galaxie afrobeat. Les années 80 furent semble-t-il plus calmes que les 70’s du point de vue de la création, mais la relève était déjà en marche. Aussi étonnant que cela puisse paraître, la mort du Roi en 1997 semble être le point de départ du renouveau du genre. Certains groupes auraient ils voulu saisir l’opportunité d’être calife à la place du calife ? Non ! Au contraire, c’est en hommage à Fela qu’émergent de nombreux groupes, soucieux et conscients du travail accompli, volontaires pour garder la flamme allumée.

afrobeat femi kuti

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L’AFROBEAT EN AMERIQUE DU NORD

Le premier groupe d’envergure de l’hémisphère nord demeure The Daktaris. Sur le papier, une dizaine de musiciens nigérians, unis pour un hommage à Fela à travers un album vraiment très très original sorti en 1997 chez Desco, l’ancêtre de Daptone Records (Sharon Jones, Lee Fields…). Si vous souhaitez découvrir l’afrobeat aujourd’hui, on ne saurait vous conseiller meilleur choix en guise d’introduction. Pour quelles raisons ? D’abord parce que les compositions sont toutes vraiment originales et que les grooves matraqués par le combo vous resteront dans la tête pendant un bon moment après écoute. C’est donc un album facile à écouter, composé de formats radios de quatre ou cinq minutes qui pour nos petites oreilles d’occidentaux forgés aux hits de 3’30 permettent de se familiariser avec l’afrobeat, sans pour autant devoir se farcir les interminables titres de Fela; car reconnaissons qu’il n’est pas aisé pour un néophyte d’apprécier ce dernier d’emblée.

The Daktaris est donc vraiment très intéressant de ce point de vue, et la qualité des compos et des musiciens ne fait que donner encore plus de crédit à cet album. Et là, c’est le drame ! Il s’agirait d’un groupe de petits blancs de Brooklyn qui auraient trompés leur monde en feignant la nationalité nigérianne. Quoi ?? Des blancs qui font de l’afrobeat ??? Oui, ils sont en réalité des membres des Soul Providers et du futur combo New Yorkais Antibalas ! Qu’on se le dise, car la preuve en est faite : les blancs savent jouer l’afrobeat. Leur unique album, “Soul Explosion”, est donc une pure merveille qui malheureusement sera le seul d’un groupe qui n’aura jamais vraiment existé et qui aura pourtant frappé un grand coup. On peut cependant trouver un titre inédit du groupe qui s’appelle “In The Middle”, en face B d’un single 45t sorti également chez Desco. Sachez aussi que l’album est aujourd’hui difficile à trouver, aussi bien en CD, en vinyl original qu’en réédition…

The Daktaris disparus, c’est alors toujours depuis New York que la relève va s’organiser, via le groupe Antibalas Afrobeat Orchestra. Et quelle relève ! Ce groupe s’impose aujourd’hui comme le nouveau chef de file du mouvement insufflé par Fela. Le groupe a réalisé 3 albums : “Liberation Afrobeat Vol.1”, “Talkatif” et le dernier en date (et de loin le meilleur) “Who Is This America”, sorti en 2003. Le groupe vend également lors de ses concerts et via son site internet un 5 titres auto-produit, “Government Magic”, convaincant mais dont la production laisse un poil à désirer. Un maxi vynil 2 titres est également sorti en 2006. Fidèles aux réalisations précédents, les 2 titres, “K-Leg” et “ROC” envoient la sauce avec un petit goût de nouveauté : quelques effets de voix détunée relativement inhabituels, et un style sous-jacent latin déjà introduit sur “Who Is This America”. Ici encore la production n’est pas des plus abouties mais tout nouveau titre de ce collectif unique est bon à prendre, d’où qu’il vienne.

On reconnaît en eux la verve de Fela, la revendication politique omniprésente, et surtout une grande facilité, dextérité même, pour faire monter la sauce jusqu’à ce que chaque gambette de la salle où ils auront décidé d’asséner leur poison se mette à remuer ! Ceux qui les ont vu en concert sauront de quoi je parle. Pour les autres, amateurs ou non d’afrobeat, allez les voir, je vous garantis qu’ils se chargeront de vous insuffler un mouvement du bassin que vous ne soupçonnez même pas être capable de faire. Car leur force c’est le groove, à la manière de Fela, mais avec un atout supplémentaire : là où le charisme de Fela avait poussé les membres de son groupe au deuxième plan, les Antibalas forment un collectif d’une unité assez impressionnante. Même si des leaders se dégagent de la quinzaine de zicos qui composent ce collectif (NB : tout le groupe n’est pas en même temps sur scène, il y a par exemple plusieurs bassistes qui alternent), et notamment Martin Perna, le sax à l’origine du groupe, ou encore le charismatique chanteur Amayo. On sent toujours à l’occasion de l’une de leurs prestations que chacun occupe un rôle primordial au sein du groupe, et que c’est tous ensemble qu’ils vous contaminent.

Notons enfin à leur propos que les membres ne sont pas du genre à se contenter de leur déjà fabuleux projet collectif; nombre d’entre eux ont monté des projets parallèles à travers lesquels l’afrobeat apparaît toujours en toile de fond. Le chanteur Duke Amayo d’abord, qui en compagnie de son Amayo’s Fu Arkist Ra, mélange de culture afrobeat et de kung-fu (si si !), a publié un disque en 2001. Peu de titres sur cet album, “Afrobeat Disciples” (dispo en CD-R sur CDBaby.com et en vynil), mais certains peuvent atteindre les vingt minutes. Que du bon comme d’hab’, et notamment des lignes de cuivres entêtantes au possible. Le chant est peut être moins travaillé que pour Antibalas, mais le rendu instrumental est assez énorme ! Certains de ces titres sont parfois joués en live par Antibalas (notamment le très bon “Tick Tock Mother Talker”).

Martin Perna, saxophoniste et fondateur du collectif New-Yorkais, a lui aussi frappé en solo. Ou plutôt accompagné d’un autre comparse, Adrian Quesada (de Grupo Fantasma), avec l’album “El Nino Y El Sol” sous le nom de Ocote Soul Sounds (devenu depuis le nom de son label). En résulte une musique afrobeat-ambient-planante très lounge à base de mélanges d’instruments traditionnels et de numérique. Les mecs ont de la bouteille, et le résultat s’en ressent.
Le petit dernier c’est le guitariste latino de la bande : Marquitos Garcia, qui sous le nom de Chico Mann a sorti dernièrement son premier album solo. Un gros mélange de pleins de sons pour un afro melting-pot plutôt réussi, bien qu’assez particulier.

L’âme de Fela est grâce à eux donc perpétué à travers le monde, mais tout cela va bien plus loin, car il y a des dizaines d’autres groupes qui à l’instar d’Antibalas, s’engagent aujourd’hui sur les voix de l’afrobeat. Il est encore difficile d’en faire une classification, et même de les recenser tellement leur nombre est croissant, comme à la grande époque en Afrique de l’Ouest, ou presque…

La formation qui rappelle le plus Antibalas





Plus connu, les canadiens du Kokolo Afrobeat Orchestra. De l’afrobeat pur, efficace, porté par un chant parfois un peu trop occidental mais aisément rattrapé par d’irrésistibles compositions. Ils ont sorti deux albums : “Fuss & Fight” (qui a été réédité) et “More Consideration”. Dans la même veine, le chant très américain de leurs compatriotes d’Afrodizz est porté par une section cuivre solide et très originale, notamment sur les chorus. Un nouvel album vient de voir le jour, “Froots”, et à l’instar de Nomo avec “New Tones”, le groupe tente de s’émanciper de l’afrobeat pur et dur. Cela sonne très rock, très lourd, très U.S., une écoute approfondie est donc nécessaire notamment pour la profondeur des lignes de cuivres.

Restons au Canada, car on ne peut oublier le SoulJazz Orchestra. Deux opus au compteur, le premier aux grooves très jazzy, et surtout le second, “Freedom No Go Die”, aux forts accents afrobeat, latin et même caribéens ! Accents car le groove dégagé par ces très bons musiciens d’Ottawa leur est bien propre. Ils ont leur son et peuvent difficilement être catalogués. C’est du Souljazz Orchestra à forte consonance afrobeat et ça envoie grave, tabernacle ! Encore du très haut niveau…

Parmi les “clones” d’Antibalas , découvrez le Akoya Afrobeat Ensemble. Du très très bon, so groovy, dosé de petites vibes hip-hop. Un ensemble encore une fois très revendicatif, écoutez notamment les titres “Star Wars” et “USA (Unilateral System of Attack)”. Un album au compteur “Introducing The Akoya Afrobeat Ensemble”, à ne pas laisser passer. Ce groupe est d’ailleurs dirigé par Kaleta, chanteur qui sévit dans plusieurs groupes tous aussi délicieusement afrobeat les uns que les autres : Kaleta, Zozo Afrobeat et d’autres encore… Même refrain pour Ikwunga : des ricains d’origines diverses dans la lignée d’Antibalas, du spoken word la rage au ventre et une bombe qui s’appelle…”Di Bombs” !

Restons encore un peu aux Etats-Unis en Amérique du Nord. Y aurait-il une mode un revival afrobeat ces temps-cis ? Le nombre de groupes émergeants est exponentiel : The Budos Band, dont l’album éponyme publié en 2005 sur Daptone a fait parlé de lui jusqu’ici, Boston Afrobeat Society, Aphrodesia, FemmNameless (un groupe composé de 14 femmes !), le massif collectif Albino!, Ultra Magnus, Tinsaedu, Jujuba, The Odu Afrobeat Orchestra, The Afrodelic Stegosaurchestra, Mifune, The Afromotive, Superkali, Chicago Afrobeat Project, Mr. Something Something, Afrobeat Down, The Baltimore Afrobeat Society, Chopteeth, The Afro Kings et tant d’autres encore à suivre attentivement, quitte à faire le tri par la suite.

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L’AFROBEAT EN GRANDE-BRETAGNE

Passons maintenant à la Grande-Bretagne, à laquelle je rattacherai Femi Kuti (lien site officiel), l’un des fils de Fela, celui que tout le monde connaît. Simplement parce que son éducation l’a été (anglaise) et que sa musique en porte des influences bien marquées. Un artiste qui représente mal ce qu’est l’afrobeat d’aujourd’hui, car s’il a repris les rennes des mains de Papa -ce qui fut loin d’être évident-, il a forgé son propre groove, avec une nette volonté d’émancipation. Son dernier album “Africa Shrine” est néanmoins plus afro que les précédents (“Shoki Shoki”, “Fight To Win” et “Shoki Remixed”) et de loin le meilleur. En concert c’est un spectacle à voir notamment pour ses choristes, danseuses frénétiques.

Son jeune frère Seun Kuti, quant à lui, joue l’afrobeat de papa comme papa… Attendu au tournant, on a longtemps entendu parler de lui sans pouvoir se faire d’idée réelle sur sa musique. Toujours pas d’album à son actif, mais le bonhomme tourne aujourd’hui beaucoup, accompagné du légendaire (ou ce qu’il en reste) Egypt 80, et convainc tout son monde ne serait-ce que par son charisme qui n’est pas sans rappeler daddy… L’homme bouge, chante, joue avec la même rage (en apparence au moins) que son vénéré père : on attend la confirmation sur disque.

Toujours au chapitre UK, et à découvrir tout particulièrement : Ayetoro. On pourrait qualifier sa musique de jazzfrobeat ! Un groove très jazzy mais clairement afro, c’est très particulier. Il existe deux très bons albums, “The Afrobeat Chronicles” 1 et 2. Seulement voilà, le leader, avant de venir à Londres, avait déjà enregistré ses chansons avec son groupe à Lagos. Aucun album de ces versions, mais elles sont téléchargeables sur certains réseaux et valent le détour. 2 titres à écouter d’urgence dans le repertoire de Ayetoro : “Mr XYZ” et “The Revenge Of The Flying Monkeys”.

Keziah Jones, que tout le monde connaît en France pour son tube “Rhythm is love”, nous a également gratifié en 2003 d’un superbe disque dont lui seul à le secret : “Black Orpheus”. Un retour aux sources pour ce génial guitariste qui a laissé de côté son blufunk afin de revenir à des compositions plus africaines dans l’âme. Bien que n’étant pas un album d’afrobeat à proprement parlé, il mérite toute votre attention si vous n’avez encore jeté votre dévolu dessus (NB : Il existe une édition spéciale 2CD qui comporte une dizaine d’inédits et autres lives très intéressants).

L’ami Keziah a également contribué à hauteur d’un titre sur l’excellent album des Soothsayers : de l’afrobeat à la sauce dub anglaise, planant, précis, varié (plusieurs chanteurs, plusieurs styles…). Un mot également sur les londoniens de Oddjob, dont l’afrobeat est beaucoup plus funky, mais avec le même souci de précision pour un groove dansant et festif.

On attendait aussi beaucoup de l’album annoncé “de la dream team de l’afrobeat”, à savoir Bukky Leo et son quartet gagnant sur l’album “Afrobeat Visions”… Mais voila, le soufflé s’est dégonflé dès la sortie de l’album. Pas grand-chose à se mettre sous la dent, ça sonne electro, presque dance et la présence de Tony Allen on the drums n’y fait pas grand-chose… Faites plutôt un tour chez Inemo, leur son est certes un peu trop 80’s, probablement faute de moyens de production, mais les idées sont bonnes. L’album s’appelle “Afro Funky Beats”. A écouter de même : Nephews Of Phela, les rejetons de Fela version années 2000 et acid trip.

 

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L’AFROBEAT EN FRANCE

Descendons un peu au sud pour arriver sur nos biens chères terres de France. On sait que Manu Dibango et Tony Allen y ont depuis bien longtemps posés leurs bagages. Mais ils ne sont pas les seuls, car l’afrobeat en France prend son envol… pour de bon ? Frank Biyong, camerounais installé lui aussi en France, est leader du groupe Massak qui distille un afrobeat à mi-chemin entre celui de Fela, une world ensoleillée et un hip-hop africain, redondant ces dernières années. Aussi bien en live avec Massak qu’en solo, il fait progresser l’afrobeat vers des cieux encore inexplorés. Son dernier single “Power Of Brain” featuring Wunmi est excellent, l’afrobeat du futur, satiné de samples, de grooves éléctros et de précision numérique. Encore un mélange qui hume bon… Il en est de même pour le groupe Fanga Afrobeat qui a clairement la même démarche : innover, tout en sachant faire fructifier un patrimoine que l’on sait déjà très riche. Pas facile donc, et pourtant Fanga s’en sort plus que bien à travers un premier album d’une grande qualité, “Afrokaliptyk”, après plusieurs EP tous aussi convaincants. Et pour couronner le tout, ces messieurs nous gratifient d’un nouveau maxi vinyl 3 titres featuring Mister Tony Allen himself : “Akli Yélé”. Signalons également la présence dans l’hexagone il y a encore peu de temps de Segun Damisa & the AfroBeat Crusaders, un ancien compagnon de route de Fela qui a monté son band à Bordeaux. C’est du tres bon et vrai afrobeat, roots et mélodique à souhait ! Un orchestre massif et chaleureux. Segun est malheureusement décédé d’un cancer durant l’été 2006, et le groupe cherche un chanteur nigerian pour le remplacer… A noter enfin trois autres noms à découvrir, Café Crême & les Frères Smith, Black Pyramid et The Afrobeat Messengers.

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POUR CONCLURE

L’afrobeat a grandit, émancipé de son géniteur, suffisamment grand pour engager son propre métissage. De nombreux groupes l’ont compris, et l’armée des afrogroovers prend chaque jour son envol. Le plus étonnant est peut être de ne pas y trouver d’usurpateur, d’intérimaire à temps partiel ou autre récupérateur. Bien sûr la qualité diverge d’un ouvrage et d’un artiste à l’autre, mais on sent de manière quasi permanente pour chacun de ses protagonistes une volonté de rendre hommage au style dans le respect et la volonté de son créateur, en s’en servant comme d’une arme, et sans oublier de le faire évoluer. C’est dire à quel point Fela a su s’y prendre…

Alors chaque jour on entend parler ici et là de groupes qui émergent ou qui sortent de l’oubli. Aux Etats-Unis c’est la déferlante Antibalas. Que d’émules : Afrobeat Down, Aphrodesia, Chopteeth, The Afro Kings, Mr. Something Something, etc… On dénombre des groupes d’afrobeat dans le monde entier : de la Suède (Ramses Revolution) à Israel (Kutiman, Koloma), en passant par la Belgique où officie la Belgian Afrobeat Association (cf album “The king is among us”), le Brésil avec le producteur Ze Nigro, la Hollande avec AIFF, la Suisse avec le groupe Professeur Wouassa, ou encore en Espagne avec dj Floro et son étonnante compilation “Republica Afrobeat Vol.2”), etc… Quid de l’Afrique ? Lagbaja, la nouvelle star, relève le défi, et les dernières révélations (notamment via Myspace.com) se nomment Lekan Babalola et ses orchestrations grandioses, Salvador Sango ou Femi Abosede.

L’afrobeat a ses racines en Afrique, des groupes continuent donc d’y foisonner bien que la mode soit aujourd’hui au hip-hop, mais le continent demeure celui de la Colonial Mentality dénoncée par Fela, de l’International Thief Thief… Les majors y ont depuis longtemps fermé boutique et ne prennent de toute façon plus la peine de faire du développement de groupes, quelque soit leur origine. Si en outre vous êtes douze sur scène et que vous n’êtes pas d’accord pour remplacer votre section cuivre sur une tournée par un clavier Bontempi, vous resterez à la maison. Pas la peine d’épiloguer ou de philosopher sur la situation, puisque tout le monde la connaît. Juste une chose : ouvrons les yeux et les oreilles !





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